Sortir du cadre : le projet de résidence de Sophie Vissière s'articule autour de deux pôles complémentaires : d’une part, la finalisation d’une édition jeunesse explorant le mouvement, conçue en collaboration avec deux danseuses ; d’autre part, l’expérimentation de la peinture paysagère sur grand format, réalisée sur tissu. Ces deux volets, bien que distincts, sont liés par une même recherche esthétique et une même quête de liberté créative.
L’édition : un album pour bouger et rêver
Tourne et envole-toi !, tel est le titre de l'album dans lequel Sophie Vissière concrétise une partie de son projet de résidence. Initiée à l'été 2024, pour une publication prévue à l’automne 2026, cette œuvre résulte d’une collaboration étroite avec Carole Lahille et Cécilia Proteau, de la compagnie Miss O’youk, qui propose dans la région parisienne des ateliers et spectacles de danse destinés à la petite enfance.
Pour l'illustratrice, cet opus éditorial atteste d'une évolution dans sa pratique. Car contrairement à ses albums antérieurs, où la technique du pochoir était privilégiée, les compositions s’inscrivent ici dans une démarche plus libre et spontanée : elles répondent à une aspiration de l’artiste pour la peinture pure, qui laisse une place plus grande à l’improvisation. Ce changement de technique fait complètement sens dès lors que l’on considère l’axe vers lequel tend le projet : celui du mouvement – le pochoir, plus contraignant, ne correspondant plus à l’essence même de ce projet artistique.
Formellement, le livre présente une suite de pages cartonnées au sein desquelles les enfants peuvent dégager, guidés par un texte poétique, des figures qu'ils manipulent – littéralement mettent en mouvement avec leur corps. L’idée consiste en ce que la narration s'épanouisse de manière instinctive, sans que le texte ne soit trop dirigiste.
Le grand format et le tissu : une nouvelle approche du paysage
L’autre pan de la résidence de Sophie Vissière consiste en l’exploration de la peinture sur tissu et en grand format, un terrain sur lequel elle ne s’était encore jamais aventurée. Son atelier toulousain ne lui permettant pas de travailler à grande échelle, elle a saisi l’opportunité des vastes espaces des Ravi pour développer cette approche formelle. Le grand format devient alors pour elle une manière supplémentaire de « sortir du cadre » et de renouveler son regard.
Le tissu, qu’elle avait déjà intégré à des expositions destinées à la petite enfance, devient ici un véritable support artistique, et non plus seulement un support de diffusion. Elle réalise ainsi un désir qu’elle fomente depuis un certain temps : travailler la matière textile de façon plus libre, plus personnelle aussi. Patchwork, broderie… autant de techniques qui nourrissent son envie d’assemblages sensibles, proches du collage, où la composition naît d’une créativité spontanée et organique.
Le choix du paysage s’inscrit dans cette même recherche. Sujet ouvert par excellence, il offre un espace de liberté et de contemplation. Alors que le livre impose un contrôle minutieux de chaque élément, la peinture sur tissu lui permet de s’abandonner davantage, d’accueillir l’intuition. Cette liberté devient une source de sérénité dans la création. Sophie Vissière expérimente ainsi des petites compositions en papier, qu’elle projette ensuite à grande échelle afin d’apprivoiser le format tout en préservant l’élan initial. Ces paysages à petite échelle dialoguent avec les grandes toiles, créant un va-et-vient entre l’image intime et celle qui trouve son amplitude dans l’espace.
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Dans le cadre de sa résidence, Sophie Vissière a proposé deux workshops de nature différente à l’ESA St-Luc Liège et à l’Académie des Beaux-Arts Liège – sections Illustration. Les images réalisées par les étudiants, dans la foulée de ces workshops, sont ici exposées, faisant écho au projet de résidence de l’artiste : une suite de compositions graphiques sur tissu d’une part ; un leporello de peintures au pochoir d’autre part.
En parallèle à la résidence et aux workshops, Sophie Vissière expose à la librairie La Grande Ourse des images extraites de son album Le grand livre des petites choses (ed. Hélium), aux côtés de celles de Déjà dimanche réalisées par Romain Bernard pour le livre Déjà dimanche (ed. La Partie).