
Le Fonds Michel Defourny et ses quelques 90.000 ouvrages spécifiques aux littératures jeunesse et graphique est un outil précieux pour déplier des questions universelles et leurs dimensions artistique, psychologique et politique. Plus que l’impressionnante quantité d’ouvrages, c’est l’exigence avec laquelle chacun a été choisi qui fait la valeur du fonds et qui fait de ces littératures le terreau fertile d'une éducation citoyenne, responsable, critique.
C’est ce qui permet aux ATI de développer, à partir de celui-ci, une série de formations de qualité autour de thématiques artistiques, culturelles ou sociales. À travers ces formations, les ATI révèlent les littératures jeunesse et graphique comme un terrain fécondant les idées, les imaginaires et les valeurs fondamentales d'une société tolérante et bienveillante.
/// PROGRAMME DE FORMATIONS RÉGULIÈRES /// Liste non exhaustive
Documents graphiques par excellence, les cartes, comme l’album, suggèrent un monde en points, en lignes, en formes. Elles offrent un vaste champ de créativité graphique : jeux de couleurs, de reliefs, de symboles ou d’abstraction. Dès les années 1930, leur conception est progressivement confiée aux graphistes plutôt qu’aux cartographes. Chaque carte porte ainsi la marque de celui ou celle qui la dessine et résulte de choix personnels. C’est ainsi qu’elle intègre sans difficulté la littérature illustrée bien au-delà de l’atlas.
Forme d’enregistrement de l’organisation de l’espace à un moment donné, la carte n’est jamais véritablement en mouvement. Même lorsqu’elle en suggère la dynamique par des codes graphiques, elle demeure une représentation figée dans le temps, ce qui la rend particulièrement adaptée au format du livre. Comme l’écrit Deleuze, « on peut la dessiner sur un mur, la concevoir comme une œuvre d’art, la construire comme une action politique ou comme une médiation ». C’est ainsi que nous l’envisageons lors de cette formation, avec toute cette variabilité de fonctions et aspects que la cartographie permet.
Collectionner, c’est tout à la fois chiner, trouver, ramasser, collecter, compiler, accumuler, amasser, conserver, rassembler, étiqueter, classer, ordonner…
Pourquoi l’être humain collectionne-t-il ? À quel besoin essentiel répond-il ? Éléments de réponses glanés de-ci de-là : pour se souvenir, pour s’ancrer, pour embellir son cadre, pour poser ses marques, pour posséder, pour combattre la solitude même… Souvent obsessionnelle, compulsive et passionnelle, la collection d’objets – quels qu’ils soient – raconte un pan de vie de son « auteur·rice» : elle se dévoile toujours très personnelle, elle se veut unique en son genre et peut s’apparenter ci et là à un cabinet de merveilles. Parfois rendue publique, elle se structure et s’expose alors différemment, perdant de sa confidentialité et de sa singularité. Immersion dans un univers où se côtoient l’éclectisme, l’esprit anthologique et la douce folie.
Qu’il se révèle sous l’aspect d’un livret de voyage, d’un carnet de croquis, d’un opus biographique, d’un journal intime ou encore de mémorandum ; qu’il soit de nature initiatique, existentielle, fantasmée, réaliste, factuelle ou relatif à une certaine quotidienneté ; qu’il s’inscrive dans le contexte de la Grande Histoire ou qu’il traduise une vision intérieure et confidentielle ; qu’il témoigne d’un parcours chronologique ou qu’il relate une période, un moment, un « fragment »… Le récit de vie se décline de façon plurielle, repose sur une diversité d’intentions et s’élabore selon des structurations différentes. Vaste sujet que celui-ci dans le livre illustré, le livre graphique et le livre d’artiste. Un récit qui dévoile variablement des personnalités, des cheminements, des étapes, narrés avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse.
Derrière des récits dont les ambiguïtés sont souvent émoussées tant on les a répétés, tant on les a adaptés, ils abordent en leur langage symbolique des thèmes graves. Ils osent. Ils osent dire que les enfants sont quelquefois mal aimés. Que des pères tentent d’abuser de leur fille. Que la violence peut être au cœur d’une relation conjugale. Que la cruauté n’a pas de limites. Que la jalousie peut conduire à des comportements criminels. Que la vie est si douloureuse parfois que la mort est le seul réconfort. On aura reconnu ici Jeannot et Margot et le Petit Poucet abandonnés dans la forêt par leurs parents. Peau d’âne et Barbe bleue de Charles Perrault. Le Conte du Genévrier des frères Grimm. Blanche Neige. La Petite fille aux allumettes d’Andersen. Au cours de la formation, on se propose de réfléchir au conte, qui, entre fable et nouvelle, se caractérise par son « épaisseur glauque », pour reprendre la terminologie de Michel Tournier.
Qu’est-ce qu’un livre d’artiste, un livre-objet, un livre tactile ?
À la croisée de la création artistique et de l’édition, ces formes hybrides envisagent le livre comme une œuvre à part entière.
Parfois unique, souvent à tirage limité, le livre d’artiste est conçu dans toutes ses dimensions par son auteur·rice : du contenu au support, de la forme graphique à l’expérience de lecture.
Le livre-objet pousse cette logique plus loin encore en faisant du livre un espace d’expérimentation plastique. Format, reliure, matières, typographie, gestes de manipulation: tout participe à une approche sensible et immersive où le support devient langage.
Le livre tactile, quant à lui, engage pleinement le corps et le toucher. D’abord développé pour les personnes malvoyantes, il est aujourd’hui un terrain d’exploration artistique et pédagogique. Caresser, plier, soulever, traverser : autant d’actions qui renouvellent notre manière de lire et de percevoir.
De Bruno Munari à Tadashi Kawamata, de Paul Cox à Philippe Weisbecker, cette formation propose une exploration plurielle, sensorielle et ouverte du livre comme objet vivant.
Lieu de vie et d'initiation, lieu d'émotions et de sensations, la maison représente une riche source d'imaginaire. La littérature jeunesse abonde d'œuvres élaborant leur récit autour de ce thème. Parmi les déclinaisons de la maison, se trouve la cabane, véritable refuge de l’enfance.
Se construire son abri à soi, son petit nid, sa zone de protection, où peut se développer un monde rêvé loin des dangers potentiels, où l'on peut être qui l'on veut.
Qu'il soit fait de paille, de briques, de feuilles, de bois, de béton, de terre, de couvertures ; qu'il soit éphémère ou permanent ; enfoui sous terre, planté au sol ou perché dans les airs ; individuel ou collectif, l'habitat représente un espace de ressourcement identitaire pour tout un chacun et, chez l'enfant, il est vecteur de construction de sa personnalité.
Pierres, cailloux, rocs... ils sont partout, en permanence : dans la nature, dans la vie de tous les jours, dans les livres aussi.
Objets de conte, de ruse, de rêverie, de jeu, de quête, d'histoire, animés, de communication, de magie, de collection, d'expérimentation... L'artiste et théoricien Bruno Munari voit même en eux des pépites d'art : « Les cailloux sont des sculptures de la mer et des fleuves. Chacun d'eux est différent des autres, il n'y a pas deux cailloux identiques, tous sont des "pièces uniques », comme des œuvres d'art.
La littérature jeunesse regorge de textes et d'images qui mettent en scène directement ou indirectement ces éléments de la nature. On pense bien sûr et avant tout aux histoires qui appartiennent au 'patrimoine de l'enfance' (Petit Poucet, Hansel et Gretel, La soupe aux cailloux...), mais de nombreuses autres œuvres littéraires et compositions imagées – traditionnelles ou tout à fait contemporaines – mettent en scène au premier comme au second plan ces matériaux façonnés aux origines du monde.
Il existe une littérature jeunesse aux thèmes malaisés et délicats ; une littérature qui traduit en mots et en images des visages sombres de la réalité.
Partant du postulat que le livre pour enfants est un moyen extrêmement puissant d'aborder les tabous, pour mieux les expliciter et les débarrasser de leur interdit, cette formation présente une littérature qui bouscule. En n'occultant pas d'office la matière épineuse et sensible, elles participent à construire, à comprendre et à ouvrir des espaces de dialogue.
Apparue dans les années 1980, cette littérature dite taboue s’est largement développée depuis le début du XXIe siècle. Maladie grave, santé mentale de l’adulte et de l’enfant, mort, suicide, harcèlement, sexualité, violences sexuelles, inceste, modèles familiaux, identités de genre ou violences conjugales : autant de sujets qui traversent ces albums «socio-réalistes». En jetant des ponts entre les individus et en rappelant que certaines expériences sont partagées, ces ouvrages peuvent libérer la parole, susciter le questionnement, contrer le déni et dédramatiser ce qui dérange.
De nombreuses et nombreux artistes contemporain·e·s appliquent les techniques utilisatrices de fil dans leurs œuvres : broderie, couture, tissage, tapisserie, dentelle, tricot, crochet… En effet, hommes et femmes artistes aujourd’hui se saisissent de ce nouveau langage (usant du fil) dans une grande diversité d’approches pour exprimer quelque chose aux antipodes des travaux brodés d’antan. Dans l’album (jeunesse ou pour adulte) également, de plus en plus d’illustrateur·rice·s composent graphiquement histoires et images en brodant, couturant, tricotant, tissant… soit intégralement soit partiellement. Ces narrations textiles dans la littérature graphique, qu’elles se concrétisent à travers des objets presque uniques ou des éditions imprimées à plus grande échelle, apportent une esthétique des plus délicates et singulières. La formation met en exergue toute une série d’albums de narrations textiles (ou narrations mixtes : dessin et textile) et présente aussi un panorama d’œuvres contemporaines dans la même veine artistique.
Il n’est aujourd’hui plus à démontrer que nos réalités sont, en grande partie, socialement construites. Pourtant, les cadres, normes et représentations qui les façonnent continuent de nous apparaître comme naturels, évidents, presque immuables. Cette formation propose d’ouvrir des espaces de questionnement face à ces évidences : d’où viennent-elles ? Que produisent-elles ? Et comment peuvent-elles être déplacées ?
À travers une sélection d’albums et de formes visuelles, il s’agira de déconstruire idées préconçues, archétypes et images attendues en les déliant, les reconfigurant. Entre ordre et désordre, stabilité et rupture, la formation explore les tensions qui permettent de repenser la notion de préjugé, de connu et d’inconnu. Elle invite à envisager la norme comme un terrain mouvant, propice à la transformation, et à considérer la déconstruction non comme une fin, mais comme un processus ouvrant vers de nouvelles manières de voir, de raconter et d’imaginer le monde.
Dans cette perspective, des chemins de traverse seront également empruntés : aux récits normés se substituent des narrations inattendues, aux figures lisses des personnages singuliers, aux harmonies convenues des tonalités plus dissonantes. Abordant des thématiques sensibles, ces œuvres ouvrent des brèches vers l’imprévisible, déplacent les valeurs établies et élargissent nos manières de voir et de raconter.
Là où le dessin devient écriture et inversement.
Dans cette formation Les Écrits Dessinés, on aborde une idée d'écriture qui abandonne sa fonction de communication jusqu'à s'aventurer sur le chemin de l'illisible et de l'indicible. On aborde tout autant des alphabets et langues imaginaires qui se font gestes et images graphiques. Toutes les œuvres mises en exergue dans les livres exploités dans la formation investissent un champ particulier : celui où le geste d'écrire reflète plus le "vouloir dire" que le "dire lui-même", plus la puissance du sens que l'acte de la signification (...) Une écriture poussée au-delà de la communication, qui se fait trace existentielle et affirmation de soi, mais aussi élément fantastique, métaphore de la trame du monde et de ses mystères.
La formation prend comme point de départ l'ouvrage "Ecrire en dessinant. Quand la langue cherche son autre" (sous la direction d'Andrea Bellini et Sarah Lombardi, Skira, 2020).
Les imagiers constituent, chez l’enfant, une première étape de l’apprentissage de l’image, représentation symbolique du monde. Ils éveillent le désir d’exploration et répondent à l’aspiration de connaître, reconnaître, découvrir, contempler et rêver.
Depuis une vingtaine d’années, les imagiers ont le vent en poupe ! Toujours plus variés et inventifs, ils séduisent autant les enfants que les adultes. Certains sont de nature photographique, d’autres de nature illustrée. Les uns sont muets, les autres allient le mot à l’image. Ici ils tiennent dans de petites mains, là ils s’imposent par leur grand format.
Quelques-uns jouent pleinement sur les émotions, quand d’autres déploient tout leur humour – parfois décalé – ou leur sérieux. Certains sont une succession d’images sans lien spécifique, d’autres abordent une narration progressive. Ils peuvent être juste ludiques ou absolument contemplatifs…
Cette formation propose de découvrir des imagiers conçus selon différents modes – que ce soit dans leurs thèmes, leurs traitements graphiques et leurs manières d’aborder les sujets, qu’ils soient réalistes ou surréalistes, sérieux ou cocasses, raisonnables ou un rien absurdes.
La force et la magie des objets émanent de cette capacité à raconter des histoires vivantes malgré toute leur inertie, à travers les contextes dans lesquels ils sont intégrés ou trouvés. Nous projetons sur eux des affects, les mystifions, les anthropomorphisons, et leur donnant sens bien au-delà du fonctionnel.
Cette formation propose d’explorer la « vie des choses » à travers les textes et les images issus des littératures jeunesse et graphique. Elle interroge le rapport aux objets comme porteurs de mémoire, de traces et de récits : objets du quotidien, objets conservés, amassés, collectionnés ou transmis, qui témoignent de nos histoires individuelles et collectives. Entre attachement intime et dimension symbolique, ils deviennent des relais de transmission, des fragments de vies.
En écho à des pratiques comme le théâtre d’objets, il s’agira d’observer comment ces « choses » s’animent, se chargent de sens et ouvrent des espaces sensibles de narration et d’interprétation.
/// Autres formations ///
L'album photographique
Exploitation d’imagiers et d’albums photographiques.
Envisager la photographie comme possibilité à l’illustration d’un récit ou comme alternative narrative.
Les albums implicites
Certains albums détiennent cette puissance d’évoquer tout en douceur – et des fois indirectement – des sujets sensibles ou durs, sans pour autant ruer dans les brancards. Pas de ton moralisateur, pas de vocabulaire basique, pas d’enfantillage, pas d'image explicite. On vole bien au-dessus, très subtilement, petits et grands, avec les albums présentés lors de cette formation.
Territoire(s)
Le territoire, c’est l’ancrage, la maison, le rempart. C’est encore la frontière, la limite, la protection vis-à-vis de l’autre. Le territoire prend aussi une dimension métaphorique : c’est l’en-soi, le personnel, l’intime.
Selon qu’il soit intérieur ou extérieur, il est subtil ou concret.
Abstraction formelle et typographie
Découverte des possibilités typographiques et de narration à travers l’image de la lettre et du signe dans la littérature graphique.
Découverte de langages graphiques, synthétiques voir abstraits dans l’album.
Découverte de livres-jeux, livres-objets, systèmes de plis, découpes, formats, participant à la narration.
Comment raconter par les formes, les couleurs, les matières, la composition ?
Envisager la typographie, la lettre comme un dessin, un visuel expressif.
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